Rave, du verbe "resver", en vieux français, "battre la campagne", "vagabonder" (Ce monde ne faict plus que resver. Il approche de sa fin." [François Rabelais]) a bien entendu donné le mot "rêve" en Français. Pourtant, loin de somnoler, le teuffeur se rapproche davantage de la racine de son mot fétiche, tout en conservant une attitude ouverte à la conquête d'un état de conscience supérieur, d'un éveil à la spiritualité et à la contemplation.
Qu'elle soit naturelle ou artificielle, l'extase provoquée par ces voyages intérieurs enrichit l'individu, à condition que des effets secondaires, dus à des abus, ne viennent perturber la magie de la rave-élation.
Tout ce processus est accompagné par la musique, omni-présente, rythmant la progression et unifiant les participants sous un même tempo. Cette expérience, quiconque a déjà participé a une rave party la connait.
Pourtant, on peut noter une différence par rapport aux fêtes "des débuts", il y a bien longtemps, dans les années quatre-vingt dix... En effet, on se souvient de noms magiques donnés à ces rassemblements : Borealis, Evolution, Futuropolis, etc... Ces noms évoquent certaienemnt de bons souvenirs pour certains, et pour les organisateurs, c'est une alternance de galères et de satisfactions, le plaisir d'avoir apporté à un public de masse leur culture et leur sens de la fête.
Pour autant, ne nous y trompons pas, il y a bien une différence de niveau... artistique. Le problème vient de là : très vite, des organisateurs ont abordé la rave comme un divertissement, alors qu'il s'agit avant tout d'une forme d'art, se nourissant de musique, de danse, de graphisme, voire de poésie, de théâtre ou d'histoire...
Or l'intérêt de l'Art réside avant tout dans le concept choisi, et son interpretation physique. Autrement dit, tout part d'un rêve à soi, ou partagé par ses amis, que l'on souhaite communiquer à ses semblables. Ce rêve esp arfois difficile à mettre en forme, à exprimer, alors on se sert de l'émotion pour communiquer. Une émotion comme la joie par exemple, qui toucherait tout le monde au même moment, dans un même lieu, au son des BPM et dans un tourbillon de lumières de toutes les couleurs.
Le teuffeur pénètre dans la salle, s'imprègne de l'ambiance, reconnaît les lieux, vibre puis s'impatiente : il ne se passe rien. Patience... Les DJ's se succèdent, la salle se remplit, s'obscurcit, des changements dans les sonorités se font ressentir, les DJs se livrent peu à peu.
Breaks et montées se succèdent, et soudain, alors qu'on ne l'attendait plus, une vague invisible emporte la foule, on se regarde furtivement, est-ce le produit ? Est-ce la musique ? Les deux ? Et là, on se souvient pourquoi on est là : on se remémore le flyer avec ses graphismes délirants, et l'abstrait se fait plus net, on comprend aussi pourquoi ces éléments du décor, a priori insignifiants, mais tout d'un coup complètement à leur place : c'est ici et pas ailleurs que je veux être, maintenant ! La "resverie" durera jusqu'à l'aube, voire au-delà.
La musique aura elle aussi, eu son importance, on ne mixe pas de la même façon suivant le concept de la soirée. Certains joueront le jeu et iront jusqu'à donner leur interpretation personelle du concept de départ, et ne joueront pas leur set fétiche du moment. C'est la voie qu'a tracée un certain Laurent Garnier, dont les machines ne font pas que des nuages, même si parfois les rêves peuvent partir en fumée...